« Il passe du rire aux larmes en deux minutes. »
« Une contrariété et c'est la tempête ! »
« J'ai l'impression qu'il ne sait pas gérer ses émotions. »
Si vous êtes parent, ces situations vous sont probablement familières. Elles peuvent être déroutantes, parfois épuisantes, et il est tentant de penser que notre enfant exagère, teste nos limites ou cherche à attirer l'attention.
Pourtant, les neurosciences nous invitent à regarder ces débordements avec un autre regard.
Non, un enfant ne choisit pas de faire une colère comme il choisirait un parfum de glace.
Lorsqu'une émotion le submerge, c'est tout son organisme qui est mobilisé.
Une émotion est un mouvement
Le mot émotion vient du latin emovere, qui signifie « mettre en mouvement ».
Tout est dit.
Une émotion est d'abord une réaction du corps. Avant que le cerveau ne mette des mots sur ce qui se passe, le cœur accélère, la respiration change, les muscles se tendent, le visage se transforme.
L'émotion n'est donc pas une idée.
C'est une expérience physique.
Antonio Damasio, neurologue, a largement contribué à montrer que les émotions sont intimement liées au corps. Elles ne viennent pas perturber notre intelligence ; elles participent au contraire à notre manière de comprendre le monde et de prendre des décisions.
Chez l'enfant, cette réalité est encore plus visible.
Le cerveau apprend à... grandir
Le cerveau d'un jeune enfant est une formidable machine à apprendre.
Mais certaines régions, notamment celles qui permettent de réguler les émotions, ne seront pleinement matures qu'au début de l'âge adulte.
Autrement dit, demander à un enfant de cinq ans de gérer sa colère comme un adulte revient un peu à demander à un pommier de donner des pommes en plein hiver.
Il finira par le faire.
Mais pas aujourd'hui.
Le pédopsychiatre Daniel Siegel explique que le cerveau émotionnel se développe bien avant les zones du cerveau chargées du raisonnement et du contrôle. C'est pourquoi un enfant peut être totalement envahi par une émotion, sans disposer encore des ressources nécessaires pour retrouver seul son calme.
Ce n'est pas un manque d'éducation.
C'est une étape normale de son développement.
Derrière chaque émotion se cache un besoin
Une colère peut cacher une fatigue.
Une peur peut cacher un besoin de sécurité.
Une tristesse peut simplement traduire une déception.
Les émotions sont comme les voyants du tableau de bord d'une voiture.
Lorsque le voyant s'allume, personne ne pense à enlever l'ampoule.
On cherche à comprendre ce qu'il indique.
Avec les enfants, nous faisons parfois l'inverse.
Nous essayons d'éteindre la colère sans chercher ce qu'elle vient raconter.
Pourtant, une émotion est rarement le problème.
Elle est souvent le messager.
Les enfants nous observent bien plus qu'ils ne nous écoutent
Nous aimerions transmettre à nos enfants le calme, la patience et la sérénité.
La bonne nouvelle, c'est qu'ils apprennent beaucoup... en nous regardant.
La moins bonne, c'est qu'ils apprennent aussi lorsque nous soupirons, nous nous emportons ou répondons à nos propres émotions avec difficulté.
Cela n'a rien de culpabilisant.
C'est simplement ainsi que fonctionne le cerveau humain.
Les chercheurs parlent de co-régulation : avant d'apprendre à se calmer seul, un enfant a besoin de vivre cette expérience avec un adulte qui lui prête son calme, sa présence et sa sécurité.
Il ne s'agit pas d'être un parent parfait.
Heureusement.
Sinon, nous serions tous recalés dès le premier mercredi après-midi.
Ce que le corps nous enseigne
Au fil des années, les enfants que j'ai accompagnés m'ont appris une chose essentielle : on ne calme pas une émotion en lui demandant de disparaître.
On l'accompagne.
Parfois avec des mots.
Parfois avec une présence silencieuse.
Parfois simplement en laissant le corps retrouver son équilibre.
Un enfant qui saute, qui court, qui grimpe, qui respire profondément ou qui retrouve un contact rassurant avec un adulte mobilise des ressources naturelles pour apaiser son système nerveux.
Le corps possède une étonnante capacité à revenir vers l'équilibre... à condition qu'on lui en laisse le temps.
C'est tout le sens de l'Écoute Dynamique du Corps.
Observer comment l'enfant habite son corps, comment il respire, comment il bouge, comment il retrouve ses appuis.
Car derrière une émotion débordante, il y a souvent un organisme qui cherche simplement à retrouver sa stabilité.
Et si nous changions de regard ?
Un enfant qui pleure n'est pas un enfant faible.
Un enfant qui se met en colère n'est pas un enfant difficile.
Un enfant qui a peur n'est pas un enfant fragile.
C'est un enfant qui grandit.
Chaque émotion est une occasion d'apprendre quelque chose sur lui-même, sur les autres et sur le monde.
Notre rôle n'est pas d'empêcher les tempêtes.
Il est d'apprendre à nos enfants qu'elles passent toujours.
Et qu'après la pluie, il est même parfois possible de sauter dans les flaques.
D'ailleurs, les neurosciences n'ont pas encore officiellement démontré que cela rendait heureux...
Mais des générations d'enfants semblent avoir mené l'expérience avec beaucoup de sérieux.
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